Un livre change une vie

© D.R

© D.R

Pierre Martial est écrivain, journaliste et
chroniqueur.
Son site internet est riche et profond :  Pierre Martial
Vous pouvez également le suivre sur Facebook : pierremartial.officiel
Le mot bibliothérapie n’est jamais mentionné mais cet article est en une belle illustration :

Rob, l’ex-SDF qui parcourt Sao-Paulo sur son “tricycle-bibliothèque”, pour donner des livres aux sans-abri :

© D.R
                                                                                                                               © D.R
A 65 ans, Rob porte sur son visage les stigmates de 10 ans de vie dans la rue. Visage parcheminé, nombreuses rides et quelques balafres. Son regard est doux pourtant. De l’enfer qu’il a vécu et dont il s’est extirpé il y a tout juste 5 ans, il a réussi cet incroyable exploit de garder intacte cette précieuse valeur qu’on nomme “bonté”.
Comme tous les SDF ou anciens SDF, il n’aime pas trop parler de son passé. Tout au plus apprend-on que, dans une autre vie, il a été ouvrier du bâtiment. Avant de perdre son emploi, puis sa femme et devenir un “sans toit”, lui qui en construisait pour les autres! Terrible ironie du destin…
Alors qu’il ne croyait plus en rien ni en personne, alors qu’il glissait à tout jamais dans ce puit sans fond qu’est l’extrême pauvreté, il est, un jour, au hasard de ses errances, tombé sur un livre qui trainait sur un banc public.
“C’est à partir de ce jour-là que ma vie a changé, se souvient-il, les yeux brillants…”

 

Georges Orwell et La ferme des animaux

Ce livre, c’était “La ferme des animaux” de Georges Orwell. Rob s’en souvient comme si c’était hier.
“ Je sais pas comment expliquer cela, mais ce livre m’a sauvé” dit-il d’une voix devenue plus affirmée. Disons que j’ai soudain découvert d’autres mondes! Ce livre m’a aidé à sortir de ma situation! Il m’a redonné de l’espoir! Du coup, je me suis mis à en chercher d’autres et à lire tout ce qui me tombait sous la main!”.
Peu à peu, Rob remonte la pente et parvient à s’extirper de la rue.
C’était il y a 5 ans de cela. Il a maintenant une chambre, modeste mais suffisante pour lui et il touche une petite pension qui lui permet de tenir à peu près le coup.
Il aurait pu tracer un trait sur son passé et oublier la rue et ces dizaines de milliers de SDF qui y sont encore. Et bien non!
“Je me suis dit que si les livres avaient pu m’aider à sortir de là, peut-être pourraient-ils aussi aider d’autres sans-abri”.

 

Un drôle d’engin, baptisé “La bicyclothèque” :

© D.R

                                                                                                                                                           © D.R
Voilà donc notre Rob, sa bonne bouille et sa grosse moustache blanche, partir en quête d’un stock de livres et d’un moyen de transport pour sillonner Sao Paulo et ses bas quartiers.
Pour les livres, pas de problèmes. En expliquant un peu partout son projet, Rob n’a pas eu de mal à en récolter (il est aujourd’hui à la tête d’un stock de plus de 30.000 livres!). Pour le véhicule par contre, ce fut plus délicat. Il lui fallait un engin qui se déplace facilement, qui se glisse un peu partout dans le dédale de Sao-Paulo et qui ne soit pas trop cher!
Une rencontre fortuite avec Lincoln Paiva, le président de l’association Institut Mobilidade Verde, régla l’affaire en deux coups de cuillères à pot. L’association, séduite par le projet, offrit à Rob un tricycle qui, réaménagé en bibliothèque nomade, fut baptisée « La bicyclothèque”.
Depuis, Rob (de son vrai nom Robson Mendonça) ne quitte plus son engin que pour dormir! Et on ne cesse de le voir arpenter Sao Paulo de long en large avec son drôle d’engin rouge vif.
Chaque année, depuis 2012, il prête gratuitement – ou offre – plus de 100.000 ouvrages et ses amis les sans-abri l’aiment tant qu’ils l’ont nommé Président du Mouvement de Défense des SDF!
Rob n’en a pas pris la grosse tête pour autant! Il continue inlassablement, été comme hiver et moustache au vent, à pédaler dur (l’engin pèse tout de même 150 kilos avec son chargement!) et à encourager les sans-abris et les plus démunis à lire et à garder espoir!
Rob, mon ami, mon frère, je te serre – nous te serrons – bien fort contre nous et nous te saluons avec respect!Pierre MARTIAL