Bibliothérapie : lire et courir deux plaisirs à conjuguer

Vous aimez lire ?

vous aimez courir ?

Lire est bon pour l’esprit ? Courir est bon pour le corps ?

Au-delà de ce raisonnement simpliste, les deux plaisirs sont fondamentaux pour moi. Et bien avant d’être initié à la méditation par exemple, j’avais remarqué que lorsque je courais, mon esprit s’apaisait et mes sens s’aiguisaient. Toute ma relation à mon corps et à mon esprit change : ainsi, adepte des sorties en pleine nature (j’avoue qu’habiter au Pays Basque pour cela est une bénédiction : où vais-je aller courir ? Océan ? Forêt ? Montagne ? Chemin de halage avec la Nive pour compagne et les montagnes pour horizon ?), je ne supporte ni casque dans les oreilles, ni gadgets électroniques sonnant et bipant, ni cardiofréquencemètre parasitant. Premièrement quand je cours je suis centré sur mon corps et mon esprit tout en jouissant du paysage, et deuxièmement j’ai appris à connaitre à quelques pulsations prés mon rythme cardiaque (je m’y amuse souvent en salle sur des machines le permettant et ma marge d’erreur est très faible). Je connais aussi toujours assez précisément ma distance parcourue et ma vitesse. C’est toujours assez amusant de comparer et tester mes ressentis avec des amis geek férus des derniers gadgets à la mode. Je pense que naturellement nous pouvons nous débrouiller sans tous cela. De façon assez similaire au GPS, nous nous créons une dépendance dans nous pourrions aisément nous passer si nous travaillions notre sens de l’orientation et nos lectures de cartes. Il est vrai que j’ai délaissé la compétition il y a bien longtemps et que ce qui me convient passe tout d’abord par la mise en avant perpétuelle de la notion de plaisir.

Bibliothérapie : lire et courir deux plaisirs à conjuguer

Pour retrouver ce goût de liberté, cette envie de grands espaces et de bitume à avaler, pour conserver une motivation intacte et une passion toujours présente, les livres sur la course à pied m’accompagnent tout autant.

Pour lier ces deux passions, lire et courir, deux plaisirs à conjuguer, je vous propose une liste de mes livres préférés sur ce sujet :

1    La grande course de Flanagan : Tom MacNab

2    Entre courir et voler il n’y a qu’un pas papa : Jacques Gamblin

3    Plus vite que son ombre : Tom MacNab

4     Autoportrait de l’auteur en coureur de fond : Haruki Murakami

5    Courir : Jean Echenoz

Tom MacNab est à mon sens l’auteur qui a le plus fidèlement saisi l’esprit du coureur, avec un immense talent pour conter des histoires de forçats du bitume ou des pistes. Son œuvre est constituée de deux romans : sur la course à pied.

Il a également pris une part très importante à un des films les plus célèbres sur le sport  : Les Chariots de Feu (la bande originale signée Vangelis est inoubliable).bibliothérapie : lire et courir, deux plaisirs à conjuguer

1  La grande course de Flanagan : Tom MacNab

bibliothérapieÉcrivain écossais, ancien athlète, entraîneur de l’équipe d’athlétisme de Grande-Bretagne jusqu’aux Jeux Olympiques de Moscou (1980), Tom MacNab est un conteur hors-pair de la vie du coureur. Sa passion, ses tourments, sa place dans la société et face aux événements, le temps qui passe… Personnage haut en couleur, aux airs débonnaires de Robert De Niro, il est un romancier de grand talent. Quand je lis ses romans, je cours avec ses personnages (enfin loin derrière), mais je partage leurs souffrances, leur foulée m’entraîne à chaque page, et même la nuit cette cadence rythme mon sommeil.

La grande course de Flanagan, mon roman préféré sur ce sujet, comporte tous bibliothérapieles éléments des chefs-d’œuvre de la littérature américaine contemporaine : un grand défi, un contexte historique propre aux transcendances, des personnages d’horizons différents magnifiquement contés, de grands paysages (traverser les États-Unis d’ouest en est en courant, ça laisse quelques possibilités de voir du pays !), des rédemptions, des surprises, de l’action, du rythme ….

Cette course a réellement eu lieu et Tom MacNab la transpose dans l’ambiance particulière de la crise de 1929. Deux mille personnes s’inscrivent à une course de 80 km par jour, la plupart sans autre espoir que manger chaque jour!

Les idéalistes, les humbles, les puissants et arrogants, les déshérités et les damnés, chacun prend magnifiquement place dans ce roman. Et tous les thèmes s’y trouvent : la crise de 1929, la corruption des élites, Al Capone et la mafia, la toute puissance du comité olympique qui rejette toute forme de professionnalisme, l’émergence de jeunes allemands qui veulent prouver la supériorité de la race aryenne, la solidarité, le fair-play, la sagesse humaine…

On est très proche des Raisins de la colère de Steinbeck, ou du film On achève bien les chevaux (des marathons de la danse où on risque sa vie pour tenter de gagner de quoi survivre). Cette course est une quête désespérée vers un monde meilleur. En courant…

2   Entre courir et voler il n’y a qu’un pas Papa : Jacques Gamblin 

Bibliothérapie Lionel Aobdia

Un monologue, le temps d’un marathon ou presque, dans lequel le narrateur épouse le rythme saccadé et haché de l’athlète, comme quoi la course à pied n’est qu’une succession de chutes rattrapées de justesse.

Ce livre prend pour prétexte la prise de conscience de la paternité du narrateur pour nous montrer comment les coureurs vivent constamment leur existence au prisme de leur foulée.

L’acteur Jacques Gamblin, au-delà de l’acteur reconnu, est un écrivain passionné doublé d’un sportif accompli. Pour son roman, il s’est rendu à l’arrivée du marathon de Paris pour saisir l’ambiance particulière de ces courses : la diversité des coureurs, leur motivation, leur quête, leur vie.

La succession des kilomètres sur un long et entraînant ruban de bitume donne le rythme des pensées du personnage.

 3   Plus vite que son ombre : Tom MacNab

bibliothérapieJ’avoue que le titre français du roman ne vaut pas le titre original de 1986 : Fast Men.

L’ouest américain au XIX ème siècle : des coureurs de tous horizons, des paris, des voyages, de l’action, du sport et de l’art le tout mis en scène par le directeur d’une troupe de théâtre shakespearien.

Là encore le talent de l’auteur (vous avez tous compris que je l’adore) nous plonge dans une histoire réglée comme une course bien préparée.

Et cerise sur le gâteau : on peut déceler entre les lignes du roman un plan de préparation à la course!

Tom MacNab n’oublie pas son passé d’athlète et d’entraîneur olympique d’athlétisme, ce qui nourrit sa vie.

Ce roman me fait penser à chaque chapitre au célèbre film l’Arnaque (avec Paul Newman et Robert Redford), c’est rythmé, enjoué, avec du suspens et des personnages hauts en couleur !

4   Autoportrait de l’auteur en coureur de fond : Haruki Murakami

bibliothérapieDans ce livre, l’écrivain japonais nous décrit les affres de l’écriture au pas de sa (superbe) foulée de marathonien. La musique n’est jamais loin des battements du cœur de ce coureur dans ce livre oscillant entre autobiographie, éloge de la sagesse à la japonaise, et traité de développement personnel (pour tendre vers une vie pleine de sens et débarrassée de ses excès).

L’ambiance y est pour commencer sombre, tendance doute-jazz-noctambule, pour nous entraîner de ses pas légers et réguliers de coureur vers la lumière des petits matins, porteurs d’objectifs accomplis.

5    Courir : Jean Echenoz

L’histoire d’Emile Zatopek, un des plus grands coureurs de tous les temps.

Surnommé « La locomotivebibliothérapie tchèque » pour son style si saccadé et improbable mais terriblement efficace. Multiple champion olympique, submergé par son talent sur les pistes et sur les routes, englouti par l’histoire de son pays de la seconde guerre mondiale à sa mort en 2000.

Ce stakhanoviste de l’entrainement nous est conté avec talent. L’athlète s’efface derrière l’homme qui cherche à comprendre et à vivre. Un style superbe au service de la grande histoire. Et une évocation de la belle amitié qui le liait malgré la compétition à notre éternel champion au grand cœur : Alain Mimoun.

Bibliothérapie : lire et courir deux plaisirs à conjuguer

Bien évidemment cette liste est personnelle et m’appartient. Elle résonne et vibre en moi, avec ce que je suis et qui je suis. Je suis également toujours en quête d’un livre avec un personnage féminin fort et authentique, une héroïne qui porterait une belle histoire, ou bien un livre sur le sujet écrit par une femme. Si vous avez connaissance de cela ou des suggestions à m’apporter ce sera avec grand plaisir !

Belle route et gardez une belle foulée…