L’os de Dyonisos, Christian Laborde :

 

Bibliiothérapie en FranceL’os de Dyonisos est le dernier roman en France à avoir subi la censure.  En mars 1987, ce petit livre à la fois léger et profond a ainsi été « censuré au nom du peuple français » par le tribunal de grande instance de Tarbes pour : « trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale », puis en avril de la même année condamné par le tribunal d’appel de Pau pour « blasphème, lubricité, provocation, paganisme, et contenu incompatible avec le projet éducatif d’une école vouée au rayonnement de la parole du Christ »

Il faudra deux ans pour que le jugement du TGI de Tarbes soit cassé par la cour de cassation.

En lisant de nos jours ces pages la sentence parait bien sévère, surtout pour cette époque de libertés effrénées, ou alors bien des grands classiques de la littérature française sont coupables de beaucoup plus de suggestions et de tentations lubriques ou morales !

La première phrase du roman, qui fait l’objet d’une question du jeu Trivial Pursuit,  paraphrase avec provocation l’incipit de Marcel Proust dans « Du côté de chez Swann », ce qui a dû certainement motiver les attaques à charge.

L’os de Dyonisos, de Christian Laborde est tout sauf une fable érotique ou pornographique. Écrivain du Sud-Ouest, fan de Claude Nougaro, d’occitan et de cyclisme, il partage avec talent et délectation son amour de l’enseignement, son espièglerie ainsi que sa vision épicurienne et Carpe Diem de la vie.

J’ai lu ce livre à la fin des années 80 et je le relis toujours avec un plaisir jubilatoire. Les passions sont moins tumultueuses mais la vie coule toujours avec sens.

Sorte de cercle des poètes disparus avant l’heure, notre fringuant enseignant s’évertue avec panache à donner une conscience littéraire et un sens critique à des élèves d’un lycée privée catholique de gascogne.

Bibliothérapie en france

Espèce de d’Artagnan en pantalon de velours et musique en bandoulière, amoureux non-pas de Roxanne mais de Laure d’Astarac, gascon rouscailleux et intrépide, chantre de la beauté des langues française et occitane, vertueux défenseur du verbe, swinguant au rythme des chansons de Nougaro, sous le charme de la sensualité de sa muse, Christian Laborde nous partage son quotidien d’enseignant motivé et d’amoureux de la vie.

Son verbe est fleuri et cru, et son désir charnel de la dame de ses pensées est assez obsessionnel (telle qu’il la décrit cela peut s’entendre…).

On y retrouve également croqués les travers de certains professeurs, et il ne ménage pas ses attaques envers les bassesses du milieu de l’enseignement. Ce qui peut laisser à penser que la censure et les attaques contre ce petit roman bien inoffensif trouvent leurs origines ici.

L’impertinence et la gouaille de notre gascon nourrissent les pages et servent une cause parfois teintée d’un lyrisme un peu surannée.

Christophe Laporte, c’est le nom du héros, partage son quotidien (et certaines de ses nuits !), ses pensées, ses projets, ses aspirations comme ses désillusions de professeur de français et d’occitan.

La musique, celle de Claude Nougaro, et le jazz tout autant que les bandes des premières « radios libres » (c’est la grande époque des FM) parsèment ces pages de notes originales et personnelles. Notre héros intervient en effet régulièrement via son émission « African Cebar » sur les ondes de « Radio Tripot ».

Les envolées sont lyriques, la satire parfois burlesque tout autant que virulente, mais surtout l’auteur compose un hymne à la beauté de la vie.

Les élèves ont le beau rôle et les collègues et supérieurs du professeur souvent le mauvais.

Le style est reconnaissable et les virgules sont chantantes comme un accent du Sud-Ouest. Les gros mots ne sont pas vulgaires mais servent de ponctuation.

La Gascogne est célébrée, villes ou campagnes, et à chaque ligne on est saisi par un panache contagieux.

Bibliothérapie en France

L’os de Dyonisos est un des premiers succès de Christian Laborde (32 ans au moment de la sortie du livre). L’auteur reste fidèle encore aujourd’hui à tous ses thèmes de prédilections qu’il cultive depuis son enfance. Et vit toujours au pied des Pyrénées.

« Christian Laborde est mon frère de race mentale. C’est un poète, c’est-à-dire un homme qui parle une langue de couleurs à délivrer les grands baisers de l’âme. »

Claude Nougaro